Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les ombres stagnent au loin. L'hiver blanchit l'effroi. Les temps enfuis de la nonchalance des blés d'été.

Les mots qui viennent de loin font T[a]ches. L'encre laisse toujours la trace de ses désirs.

Il me semblerait que tout est loin. Tout et si peu de ces temps insoupçonnés. Que l'esquisse fragile tend au Ciel. Le ciel toujours impénétrable et serein, vaste et tranquille. Qui s'en va au fil de ses nuages, et du vent. Le ciel, c'est à dire comme le songe indolent de nos âmes errantes.

Ainsi fut sans doute t'il. Balance improbable des syllabes.

Les ombres stagnent au loin. Elles cheminent sans fin au long des corridors. Des si longs corridors de l'ennui.

L'ennui triste de la mort. Creuse effigie des faibles. Empreinte volée sur le sable encore fragile de la marée. Bel océan qui nous gifle, de nos incertitudes. Vague, au lointain de nos regards de terre.

Les mots passent et demeurent. Les mots, ainsi notre signature.

Nous prenions un train court et lent pour aller au bourg. Toujours le samedi matin. Jour de marché. On percevait au loin le souffle tragique et fragile de la locomotive, bien avant que sa face trapue ne débouche en sortie du dernier virage avant l'entrée en gare. Par les temps gris d'hiver ou de brouillard, sa silhouette fantomatique et qui se déhanchait sur les vieux rails attaqués de rouille, semblait vouloir s'écrouler à chaque instant. Crachant et sifflant elle s'immobilisait bientôt en tête de son petit train, lequel ne comportait guère plus de 2 ou 3 voitures de voyageurs, et bien souvent un wagon de marchandises. Les voitures étaient à essieux, deux essieux. Rarement trois et dans ce cas, chaque compartiment avait sa porte. Les voitures à deux essieux comportaient une plateforme ouverte à chaque extrémité permettant l'accès. L'arrêt en gare ne durait généralement que quelques minutes, mais il arrivait que les chargement ou déchargement de marchandises allongent, et parfois grandement, le stationnement à quai. Surtout lorsqu'il s'agissait de faire monter ou descendre d'un wagon à bestiaux quelques moutons ou cochons. 

Puis le petit train repartait. Crachant vers le ciel une fumée âcre et noire tandis que son foyer rougeoyait, donnant toute la vapeur dont il était encore capable.

Il fallait bien une bonne demi-heure pour parcourir la dizaine de kilomètres qui nous séparait du bourg. Le temps de faire causette, ou de se laisser aller à quelques rêveries. Les rudes banquettes en bois n'incitaient pas au sommeil. 

A chaque passage à niveau, ou tout simplement croisement de chemin de terre, la locomotive jetait de longs et rauques coups de sifflet, ainsi tels quelques cris d'effroi, qui s'accrochaient aux cîmes des arbres, ou bien allaient se perdre dans la campagne agricole. 

Par temps d'hiver, lorsqu'il fallait revenir à la nuit, les deux misérables lanternes de la locomtive n'éclairaient rien. Ou presque. Le mécanicien devait se fier à sa connaissance parfaite de la ligne. Et à la chance aussi. Qu'aucun animal, obstacle ou même humain égaré, ou suicidaire, ne s'attarde sur la voie.  

Il fallait bien profiter du jour de marché. Ce n'était pas tous les jours qu'on allait au bourg. Il n'y avait pas de train pour le retour avant la fin d'après-midi. Le jour du marché donnait l'occasion de déjeuner au restaurant de la place. La place du marché. Tout un chacun y allait de ses anecdotes et des sujets en cours. 

Après le repas, tout se vidait rapidement. Le bourg y retrouvait le calme si habituel à ses jours. De ces jours anciens qui tissent les pages d'albums.

Les mots antérieurs ne s'écrivent pas en nostalgie. Ils témoignent. L'Histoire ne choisit pas notre futur. Elle assume son passé. Parfois avec peines.

La modernité n' a pas d'époque. Elle est. Les mots antérieurs n'ont pas de mélancolie. Ils s'en viennent au fil improbable de mes échos de vie.

 

Le petit train s'est tu. La gare demeure. Fermée aux voyageurs. Aux marchandises. D'autres trains la passent sans arrêt. Mais avec âme.

Le sifflet moribond des Mikados reste en moi, comme le long cri tragique des Mountains qui déchiraient la nuit bourguignonne d'Edgar Varèse.  

 

Des mots antérieurs IV
Tag(s) : #Nouveaux papiers

Partager cet article

Repost 0