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Le temps de l'écriture s'accorde au silence des mots. Le sommeil des consonnes. L'ennui profond des points. Le plat silence.

L'été n'a pas été. Les chaleurs se perdent en hiver. La neige fond dans ta main blanche. Telle un soupir. Une pause. Tu attends le signe du Chef. A l'issue du point d'Orgue. Ad libitum. Tu sens le frémissement de la corde qui s'impatiente.

Mettre un terme. Double-barre. Sans reprise.

Ta ville est loin. Trop loin. A peine entretient-elle ta mémoire encore un peu. Avant le gouffre. Avant la solitude attendue. Avant le trou noir.

Se cramponner aux rambardes des marche-pieds trop haut des marches. Vaciller mais se porter encore en bout de couloir. Sentir la si vibrante tentation du dernier voyage. Le savoir. Le vouloir et s'en aller. Juste un regard porté au long du quai gris de pluie quand le convoi s'ébranle. Forte de ses puissantes bielles la machine arrache son train à grand jets de fûmée compulsifs qui noient le ciel d'une saveur âcre et noire. Tu sens l'effort intense. La limite toujours. L'extrême dextérité du mécanicien et son aide qui doucement t'emportent.

La gare enfin s'éloigne. Elle se fait minuscule avant de se fondre irrémédiablement dans l'oubli.

Nous sommes en manque. Manquer. C'est à dire attendre. Manquer. C'est à dire se croiser. S'ignorer dans la ville. S'oublier dans les mois, les années. Les nuits seuls

Les matins crasseux des caniveaux. Les déjeuners de cantine et les soirs en télé. L'ennui simple. Le triste ennui qui fait les vies ordinaires.

Te savoir dans ce train qui furtif et peureux siffle sa peine.

N'être.

Je te sens si puissante. Si lente et si aimante. Si prenante et si douce que le coeur s'y tient. 

J'aime tant les mots qui viennent et s'épanchent au fil endormi des compartiments. La première te va si bien. J'en aime pour toi le tissus rouge et blanc vierge pour la tête. J'en aime la résonance feutrée. Comme à mi-mots. Tu sais bien les mots qui nous sont propres.

Aller vers la lagune. Au matin frais se pencher à la fenêtre. Prendre l'Histoire à plein réveil. Même sentir l'âpre pourrisure des siècles te parler d'histoires.

Je te laisse à la Place.

A tes amours trop liquides. A tes anciennes passions. Aux pigeons.

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Prenons un train à grande vitesse.

Maintenant. Pour sentir la pointe de tes seins à 300km/h. Juste en deviner le mont tendu de l'arrivée. Quelque part entre le ciel et l'eau. Une chambre pour l'arrêt en gare. Quelques minutes seulement... Mesdames et Messieurs les voyageurs, quelques minutes seulement. Pour apprendre à vivre. 

Pour t'aimer. Quelques minutes. Seulement. Pour te sentir au bout des rails. Pour te savourer et m'ennivrer de toi. Jusqu'à l'aube du départ.Voie 1. Quai A. C'est un rapide. J'aime son allure. Sa fierté. Il me plaît.

Comme toi. Toi. Tes formes du peintre. Tes courbes sinuantes. Tes lentes délivrances. Tes envolées douces et délivrantes. Comme toi. Mon amour.

J'aime la gare à grande vitesse. Le filet bleu de mes rêves.

 

Tag(s) : #Notre écriture

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