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Ce matin, les mots de la correspondance se sont enfuis entre les circuits imprimés, intégrés, les nappes et le spouleur de ma file d'attente, les bus et les formats... ce matin les mots ont pris la clé  de la boite aux lettres, et je suis resté en rade.

Au port. Mais eux, ils ne voulaient pas de ce port d'impressions. Ils voulaient une vie au coeur des forêts. Sans doute. Retrouver un peu de la sève et de la terre, bien sèche encore de l'été. Moi, j'en avais goûté les sens, j'en avais laissé couler en moi l'onde bienfaitrice.

Ils vont se retrouver, lovés entre les phrases à venir. Malicieux. Coquins.

Ils jouent avec toi. Avec moi. Ils sont le mortier des nos rêves. Ils sont notre évidence. 

Notre si probable rencontre. 

 

Tes mots sont délivrance. Sentir la liberté. Jouir du chemin. Bonheur.

Les trains à grande vitesse jouent avec le temps de notre enfance. Les nuits de couchettes. Le matin de lumière. Paris est loin. Une étonnante émotion de la liberté. Bonheur. 

Tes mots jouent avec le temps de nos errances. Nos amours. Elles nous sont si bien dédiées.

Même sang. Tu as dit.

Tu dis Bach. Suites pour Cello. Le chant sourd des quatre cordes. Tu sais que j'aime Bach. Il me donne la Force.

Tu sais tout ça. Toi.

Les rails me font jouir quand le tgv s'enfile à grande vitesse dans ton avenir. Il y a sans aucun doute une enfance qui me joue de l'oeil; à 300 km/heure quelque part, au bout d'un vallon, il y a bien longtemps. Bonheur, as-tu dit.

Le voyage est notre nécessité.

 

Lundi 20 septembre

Ici  je sens bien le lac. Ton lac. Au coeur des forêts. Quand vient l'automne la couleur s'allume et va rougir. Un bonheur.

Tes mots trouvent les miens, sans peine et avec élégance. La nuit vient. Le ciel est si clair. 

La ville m'ennuie. Finalement. J'aime la quitter. C'est comme une maîtresse qui te fait jouir intensément, que tu aimes si fort, que tu n'as plus de mots, mais dont il est si bon de s'éloigner un peu, après l'amour. De s'éloigner encore. La ville, elle t'aspire, elle te bouffe un peu, tu aimes sa diversité et  ses tentations un peu frivoles.

Acheter. Posséder. Avoir. 

Le Credo basique. Bien au-delà. Nous, sans doute.

Mon doute était ailleurs.

 

Je te reprends plus tard.  Peut-être dans la nuit d'ici. Qui est tienne aussi. Ta nuit. Chants de la nuit.

 

Mercredi 22 septembre

Demain l'automne. "Adieu, vive clarté de nos étés trop courts!"... l'écrivait le poète. Les rougeurs d'octobre auront ta chaleur et l'infini gris des ciels du soir, ce long et lent regard, qui te porte si loin. Tellement plus loin de l'ombre disloquée de tes pas au soleil. 

Les mots nous reprennent toujours. Quelque part. Comme à chaque fois. Bien sur.

Nos mots se mêlent aux saveurs attendues. Nos attentes n'ont pas d'autre issue que notre port d'impressions. Notre port d'émotions. Notre port d'attention.

Être attentifs aux souffles sourds du lac. Être attentifs à l'ombre du chat qui glisse à son affaire. Mine de rien. Tel un ange qui me rassure. 

Être rassuré. Enfin. Savourer la douceur de la fourrure sous les doigts. Sentir la quiétude. L'unisson.

Être à l'unisson. Vibrer de la même note, au même instant. Tes mots. Les miens.

Laisser la partition se jouer à l'encre postée de nos rêves. 

 

Dimanche 25 septembre

A chaque histoire ses regrets. Celui de ne pas avoir su retenir le temps. Celui de n'avoir pas cueilli  la fleur dans la plénitude étincelante de l'été. Celui de n'avoir pas eu les mots d'alors. Les mots de l'écriture. Les mots à l'ancre.

Ignorer le port. Voguer. Sentir la nécessité de l'errance. L'esprit buissonnier. Aimer les ronces. Les taillis denses et rêches. Bardés d'épines et de noeuds. Aimer l'air de l'aube. Aimer la brume détachée de sa terre et s'évanouissant aux heures du jour. Fantôme qui s'en va faire pénitence. Attendant le soir et puis la nuit.

Enfin renaître et patienter, jusqu'aux premières évanescences de l'encre.

Se savoir.

Aimer ses mots ainsi laissés, au lecteur.

Les longs troncs de tes forêts mâchent le papier de tes lignes de fuite. C'est bien ainsi que je te connais. C'est bien ainsi que tu te donnes. Chambre seize. Ainsi vient la Nouvelle.

Judith est tout près. Je la sens comme le chat. Le chat me donne sa fourrure sous les doigts. Son coeur s'accorde.

 

 

 

Tag(s) : #Notre écriture

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