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Tu sens confusément un temps qui meurt.

Mais toi, tu es morte depuis tant de temps. Le Conservateur travaille au temps lointain de ta mort. Parfois ses nuits en sont blanches. Comme tes os. Enfin, ceux qui  restent. L'archéologue n'a emporté avec lui que la petite masse ambrée de ton cerveau. Il a laissé aux collègues locaux les vestiges si fragiles de ta charpente.

Il a retrouvé, uni les signes des tablettes et l'esprit qui les avaient tracés. Vertigineuse exploration des temps antérieurs. Le désert livrait un à un et comme dans un jeu de correspondances, les indices de ta future exhumation. Tu avais déposé ces pierres plates et gravées, lors de tes longues et lentes transhumances, d'oasis en oasis, jusqu'à l'ultime tente.

La dernière attente. L'amour en mort.

Le froid, la chaleur oppressante et le vent sifflant du désert ont patiné ta peau à la rendre cuir. Mais le cuir  était si ténu qu'il s'est dissout, éparpillé sous le regard halluciné de Marik. 

Ton corps ancien ruissela de tes os et ton esprit étincela au coeur de l'ambre. Marik te prit. De longs transports t'emmenèrent en musée. Ce musée édifié pour toi. Autour de toi.

Le coeur. 

Les biens récents travaux qui firent tant et tant vibrer ta mémoire sont achevés. Tout ici procède et rayonne de toi. De puissants travaux de l'esprit se sont liés à ceux des bras et des machines pour te bâtir un sépulcre en connaissances et en savoir. La main des savants guidait le maçon. 

 

Je me souviens, Berthe, c'était l'hiver. Les jours se faisaient courts. Les nuits se faisaient dures et sans sommeil. Le froid n'était pas celui de la neige. Le coeur glacé de l'homme de la mémoire posait en suspension ton éternité.

 

Dés lors un compte était ouvert.

 

Mercredi 16 juin 2010

Tu regardais passer les visiteurs, sans émotion. Il ne t'importait pas de sentir le temps des humains. Ton passage en humanité retrouvée te quittait. A peine souriais-tu encore d'une vague ligne de l'esprit quand les rires des enfants caressaient tes vitres impeccables. A peine sentais-tu l'onde virginale d'un matin d'été déjà, qui t'éveillait doucement de ta nuit.

La nuit, quand le musée cueillait pâle et sereine la lune au-dessus des toits, d'innombrables et lentes figures, aux formes sans cesse changeantes, allaient et venaient sans un souffle d'une salle à l'autre, d'un escalier à un autre. Tu les percevais. Tu les laissais t'effleurer de leurs ombres si mouvantes. Tu les connaissais toutes, depuis si longtemps. Peuples de l'errance. Tu aimais tant accompagner leur quête en mémoire d'elles. 

Le matin venant elles s'évanouissaient pour donner aux vivants leur temps. Tu savais bien que le soir venu, dans l'absolu silence des vitrines et des cimaises abandonnées à l'alarme, elles te reviendraient.

Cette nuit l'une d'elles, toute nouvelle figure de l'ombre, vint seule à ton chevet de momie. Les autres se firent absentes , te laissant seule avec Elle.

 

Dimanche 20 juin 2010

Les nuits et puis les nuits. Encore les nuits. Et les nuits ne te donnaient désormais plus que sa présence. Tes ombres familières n'étaient plus. Sans doute erraient-elles en d'autres salles du musée. Elles te manquaient étrangement. Ainsi manquent les figures habituées de la mort. Et de la vie sans doute, il t'en souvient. Les chemins de sable, les cités d'argile.

L'ombre nouvelle s'attardait à tes vitres. Elle passait les heures. Jusqu'à l'aube blême des toits, comme penchée sur toi. Telle une mère qui veille l'enfant qui dort. De peur que l'obscurité sauvage de la vie ne l'arrache aux rêves tendres.

Tu n'avais pas de rêve. Tu avais tant rêvé qu'il ne restait plus rien de ton rêve. Que ton rêve était mort. Il ne restait plus que ces vitres impénétrables. Protégées. Inviolables.

Étrangères.

 

J'ai tant et temps rêvé Berthe qu'il ne me reste rien de toi

Rien ou peut-être quelques-fois, quand le chant est trop lourd,

le voile si léger

de cette nuit qui vient.

 

Lundi 21 juin 2010

Tu te dis: "Où sont les tablettes ?.." L' ombre récente n'a pas de réponse. Les catalogues n'ont pas de réponse. Les gardiens n'ont pas de réponse.

Les murs ne savent rien.

Peut-être les caves secrètes, les réserves profondes des Conservateurs ?.. Tu ne connais pas les entrailles endormies du musée.

 



Tag(s) : #Le blog deBerthe

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