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Mais Berthe, s'il est un temps pour se souvenir il est un temps pour construire. L'archéologue t'as cherchée, avec tout son esprit et son amour, et t'as trouvée pour que tu sois "comme le petit coeur de cette humanité nouvelle que nous allons engendrer." Je cite tes mots, Berthe. "Un monde nouveau va venir et tu en portes la semence, et tes mots que je recueille, depuis si longtemps, en sont comme la caresse de l'aube".
Il est temps, Berthe, il est Temps. Et il faut que tu saches, Berthe, que je suis ainsi que toi. Je ne suis que l'enveloppe matérielle de ton message, et de ton amour. Ainsi formé je peux te rapporter les échos d'ici-bas. Je suis ton messager, ton scribe. Celui  aussi qui porte tes pensées, tes mots et tes douleurs. Le chemin que je gravis n'est pas plan. Il est parfois grignoté par les ronces, alors il faut couper, déblayer. Parfois aussi, de monstrueux cailloux, très gris et laids, bloquent l'avancée. Alors il faut casser, broyer, concasser, et encore, déblayer. Mais quand le ciel roule de noirs nuages, quand l'éclair crépite et souffre l'air, il est tant de se poser, au coeur du refuge et de goûter sans retenue au plaisir de la connaissance.
C'est aussi ainsi, Berthe, que tu vécus.
Aujourd'hui tes os sont blancs mais ton coeur est or.


Mais, dis moi Berthe, toi qui connais l'archéologue, que ferais-tu si ta raison de vie venait soudain à se lézarder et menaçait de s'effondrer un jour ou l'autre sur elle-même? Toi qui vécus dans les villes de sable, connais tu l'argile, qui ne fend pas au vent glaçant du désert? Crois-tu qu'il faille avec l'eau et la truelle cautériser les brêches, les fissures et les trous? Crois-tu qu'il est mieux d'attendre que le vent ait cessé, pour reprendre en profondeur le bâti déchiré?
Tu vois, Berthe, au long du Temps qui file, on construit, on assemble, on édifie on pérenise. La maison est bien ancrée à flanc de dûne, ou de côteau, ou bien encore si rassurante, dans la plaine. L'amour et la Connaissance y croissent. Et puis  un jour, un mauvais jour de chaleur, le vent qui charrie les sables rougeâtres  des hauts plateaux, ébranle la charpente, fait claquer les vanteaux et brise les verres . Alors il faut tenir, suturer, calfeutrer, ne plus sortir, fermer volets et cheminées, donner confiance à sa force d'être. Mais si le vent vient à tempête, alors il faut partir, vite et loin, et se poser. Se garder la connaissance et l'amour qui savent  monter la toile. Attendre le temps qu'il faut. Il sera  plus tard temps d'y revenir à la maison, et de réparer, consolider, reconstruire au besoin. Il ne faut pas se croire plus fort que le vent, qui venant à tempête n'a que faire de la mémoire des hommes, tant il ne lui importe que de courrir à perte d'haleine, de plaine en plateau, jusqu'à la mer, pour s'y perdre enfin à tout jamais.
Oui, Berthe, ce sont bien là des paroles de l'archéologue.   
 
Tag(s) : #Le blog deBerthe

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