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Ô, Berthe,  mon coeur saigne, encore. Mon coeur, aujourd’hui, laisse perler le sang à l’orée de ma peau griffée.
Il faut bien du temps pour ne plus sentir la morsure.
Le  froid de l’hiver va tendre bientôt ses courtes journées de lumière cassée, la nuit sera plus lente. Je suis  infiniment triste, Berthe, infiniment perdu, fragile comme une frêle branche qui se brise sous le pied.
 
Alors, Berthe, Ô ma Berthe qui en ton musée fait la nique au temps, alors ma Berthe je dois  essayer de me ré-inventer,  Berthe,  sans renier ma mémoire, sans bafouer mon chemin de foi et de lumière, sans jamais parjurer. Le parjure est infâme, car il tue ce qui fut. Toi passeur de la mémoire, rapporteur des échos, Le passeur, c'est celui qui permet la traversée, si longue et douloureuse  puisse t-elle être.
"Ce jour-là, le soir venu, il leur dit: -Passons sur l'autre rive" -  Évangile selon saint-Marc.

Ma foi n’est pas perdue, Berthe, ma foi simplement prend l’air. L’air du temps, comme on se parfume pour aller au bal, ou bien l’air de rien, comme on esquive.
Vois-tu Berthe, ou bien plutôt entends-tu, j’écoutais à cette heure les “Maternités”. Voilà bien une des partitions les plus réussies que j’ai réalisées. J’étais ému. La musique m’a touché...  Berthe. Cela contrarie les écoutes où elle m’endort... J’avais conçu cette oeuvre comme dans un ensemble, sons et mots, corps et plasticité. Un poème existe. Je sais qu’un jour sera où l’oeuvre prendra corps, formes et voix. Ma foi est insensible au poignard. Ma foi demeure, et s’épanouit au-delà des idoles, des reliques. 

Dans "La plus que vive" [Editions  Gallimard - L'un et L'autreChristian Bobin écrit:
"Il nous faut naître deux fois pour vivre un peu, ne serait-ce qu'un peu. Il nous faut naître par la chair et ensuite par l' âme. Les deux naissances sont comme un arrachement. La première jette le corps dans le monde, la seconde balance l'âme dans le ciel. Ma deuxième naissance a commencé...".
Existe t-il deux morts? Est-ce ainsi ma première mort que je vis? Je ne le crois pas car je crois trop fort en Toi.
Un peu plus loin, Christian Bobin écrit encore:
"... je te suis. Je te suis dans ce premier mariage, puis dans ton divorce, puis dans ton second mariage. Je traverse les cases de la marelle à cloche-pied, tu continues d'aller et je continue de te suivre".
Oui c'est celà, te suivre comme une ombre, une ombre qui s'efface quand le bonheur est là, une ombre qui rassure quand le doute et la peur s'installent. Une ombre qui te protège de toute peine. Rien qu'une ombre. D'ailleurs je crois me souvenir d'un long poème, gribouillé il y a bien longtemps, et qui se nommait justement "L'espérance des ombres". Déjà. C'est un peu comme si j'écrivais alors ce qui est, maintenant. Il est vrai qu'elle s'appelait...

Oui, Berthe, demain le musée reçoit de nouveau. Mais pas toutes ses salles, celles réservées aux expositions temporaires vont demeurer quelque temps en installations. Et puis, ce seront les inaugurations, tu sais bien Berthe, ces moments un peu mondains mais agréables, lorsque l'on se montre et lorsque l'on montre aux autres, ses bagages - culturels va s'en dire - et ses connaissances, sa nouvelle maîtresse ou son nouvel amant, sa nouvelle robe, son sac Hermès...  mon Dieu... alors que les bulles distillent de doux épanchements. L'exposition programmée sera de haute tenue, Berthe. Tu n'auras pas à griser tes os. Mais en attendant tu vas retrouver un peu d'animation. Ils te manquaient tes passagers de la mémoire, ma belle, ma si belle inespérée.

Ô oui, Berthe, je crois qu'au-delà de la souffrance il existe un pays de lumière et de foi, un pays où la haine et la rage, les coups et les mots durs, les suspicions et les jalousies sont absentes. Oui, Berthe, tu vois, ma tendre Absente, ma simple Vive, tu vois, jamais je ne me suis senti aussi près, de Toi.






 
Tag(s) : #Le blog deBerthe

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